Pour le centenaire de l’haltérophilie russe
Les engins d'haltérophilie de l'Antiquité à nos jours
Résumé français de Tyazhelaya Atletika. Ezhegodnik 1985 (Moscou : Fizkultura i Sport, 1985), p. 6–8 : le texte est une paraphrase, non une traduction.
Chacun veut de la force et un beau physique, et la simple barre est l'engin de base pour y parvenir. Le mot vient de l'allemand Stange, une tige de métal, aujourd'hui appelée la barre ; avant d'atteindre sa forme moderne, la barre a été largement remaniée.
L'Antiquité et la Renaissance
Les guerriers égyptiens se servaient de poutres de pierre ou de fer pour désigner le plus fort, ancêtres de la barre. Les Grecs ont fabriqué les premiers haltères, en pierre, en fer ou en plomb, pesant 1.5–2 kg, et utilisaient aussi des kettlebells et des blocs de pierre. Le plus gros, conservé au musée d'Olympie, pèse 143.5 kg (68×39×33 cm) et porte l'inscription « Bybon m'a soulevé au-dessus de sa tête d'une seule main » ; un bloc de 480 kg de pierre volcanique noire de Santorin dit « Eumastus, fils de Critobulus, m'a soulevé du sol ».
Les jeunes Grecs soulevaient et portaient aussi des pierres, en augmentant la charge progressivement, et portaient parfois un veau vivant sur les épaules. Des vases montrent un jeune homme soulevant une grosse pierre dans chaque main et un autre sautant avec des haltères, et un sculpteur du VIe siècle av. J.-C. a taillé le Moschophoros, le porteur de veau. Un entraînement méthodique a manifestement donné aux athlètes grecs la force nécessaire à de tels exploits, même si l'on ignore comment ils les accomplissaient. Leurs haltères aux extrémités épaissies ont peu changé et sont encore très utilisés.
Les Romains ont suivi, s'entraînant en lourde armure et en bottes à semelles de plomb, ou montant des escaliers sous charge. Au Colisée, l'artiste Athanat marchait en armure de 200 kg et en bottes de 100 kg chacune, et Fuvius Silvius montait des escaliers sous 320 kg. Après la chute de Rome, l'entraînement délibéré de la force et de meilleurs engins ne sont revenus qu'à la Renaissance.
De la Renaissance à la barre à disques
Aux XIVe et XVe siècles, les soldats anglais, comme les Égyptiens, poussaient une poutre de fer, et les Écossais lançaient le marteau, une boule de fer sur un manche d'un mètre ; toutes les barres à boules ultérieures avaient elles aussi une tige d'un mètre. Sous Élisabeth Ire, on recommandait aux jeunes gens les poids plutôt que la danse. John Northbrook écrivait qu'un bâton muni de poids de plomb à ses extrémités renforçait la poitrine et les bras, avec le plaisir de la boxe mais sans les coups : sans doute la première barre à poids réglable. Du XVIIe au XIXe siècle, les pierres, les boulets de canon, les barres de fer, les massues, les gros haltères et les barres à boules de poids fixe ou variable ont donné de bons résultats, et des hommes forts se produisaient dans les cirques.
L'École de gymnastique (1872) de Napoleon Laisné rapporte que les athlètes persans utilisaient des massues (« miles »), ajoutant du plomb dans des trous à la base quand elles leur semblaient légères, si bien que le poids allait de 1 à 9 kg. Les Basques lançaient une barre de fer de 4–9 kg vers l'avant et derrière la tête, d'une main ou des deux. Le livre explique comment fabriquer un haltère : couler des boules lenticulaires réunies par une courte tige de fer, rivetée aux extrémités et enveloppée de cuir en guise de poignée. Les barres à boules se faisaient de la même façon. D'autres étaient des kettlebells lestés, des « bulldogs » (gros haltères), des « jonglerkas » (kettlebells de jonglage) et des « pyramides » coniques.
Les barres à boules étaient pleines ou chargeables, avec des boules creuses remplies de sable ou de plomb de chasse. Les Allemands n'appelaient d'abord Stange que la tige nue ; A. Stolz, de la commission anthropologique de Karlsruhe, installé plus tard en Russie, conseillait une tige de fer de 50 mm et de 50 livres (20.5 kg) pour les charges moyennes, si bien que la barre de 20 kg date du siècle dernier, seul son diamètre ayant diminué jusqu'à 28 mm. L'« essieu d'Apollon », un essieu de chariot de 165 kg et de 50 mm d'épaisseur, a aussi joué un rôle.
Aucun de ces engins ne pouvait se charger rapidement. Selon l'historien soviétique B. Tchesnokov, la barre à disques, avec des disques métalliques s'ajustant sur la tige, est apparue en Allemagne dans les années 1860. Elle a peu à peu évincé la barre à boules, d'abord à l'entraînement, et est la seule barre de compétition depuis les Jeux olympiques de 1896. L'ingénieur allemand Berg a conçu la tige tournante au début du XXe siècle ; elle a été utilisée en compétition à partir des championnats d'Europe de 1929 à Vienne.
La Russie et l'URSS
Nos peuples sont depuis longtemps célèbres pour leurs héros, dont les concours de force lors des fêtes utilisaient le poids même de l'adversaire, des rochers, une enclume de forgeron, un sabre lourd, un fer à cheval, un tisonnier, une « canne » en fonte, des boulets de canon, des kettlebells et des massues. Ivan Poddoubny emportait dans ses promenades un bâton de fonte d'environ un poud (16 kg) ; Ivan Zaïkine a un jour noué un rail, aujourd'hui exposé dans un musée de Paris ; Pyotr Krylov de Moscou, « roi des kettlebells », a jeté une barre aux boules creuses contenant deux grands soldats. Au XIXe siècle, l'Azerbaïdjanais Alty Aylykh s'entraînait avec des massues de gymnastique de 46 kg chacune, encore conservées au Musée historique d'Azerbaïdjan.
V. F. Kraevski, père de l'athlétisme russe, a contribué de façon appréciable aux engins. Après une tournée en Europe occidentale, il a équipé un cabinet athlétique dans son appartement ; la revue Hercule disait que sa collection de kettlebells n'avait pas d'égale en Europe. Sa barre à disques originale recevait des disques de fonte de 2 à 10 livres bloqués par un écrou, avec des repères sur la tige pour une prise à deux mains (extérieur) et une prise à une main (milieu). Elle était très populaire : l'écrivain A. I. Kouprine écrivait au milieu des années 1890 qu'aucun atelier de Kiev ne pouvait en fabriquer une, et ce n'est que grâce au docteur Ye. F. Garnitch-Garnitski, fondateur du cercle de Kiev où s'entraînait Kouprine, qu'il en obtint une chargeable jusqu'à six pouds.
La barre à disques ne fut d'abord utilisée qu'à l'entraînement, puis, dès les premiers championnats de Russie (1897), dans les compétitions de tous niveaux ; auparavant, les haltérophiles utilisaient la barre à boules chargeable. La barre de Kraevski fut améliorée avant la Révolution par l'haltérophile moscovite S. D. Dmitriev, puis par les Maîtres émérites des sports Ia. Iou. Sparre (Moscou) et N. I. Kochelev (Leningrad). Aujourd'hui, les grandes compétitions emploient des disques recouverts de caoutchouc, et la barre de records VISTI, homologuée pour les Jeux olympiques de Moscou, reste populaire dans le monde entier.